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Les
patients qui
souffrent de dermatite atopique sont de plus en plus
nombreux. Il y a 30 ans moins de 5% des enfants naissants
présentaient une dermatite atopique, on approche
actuellement les 20% (estimations issues de l'étude
ISAAC, Lancet 1998).
Reprécisons
d'abord ce qu'est la dermatite atopique. Il s'agit
d'une maladie qui mélange hypersensibilité
immédiate et retardée pour les allergènes
standards de l'environnement.
Elle
est aussi appellée prurigo du nourrisson, eczéma
constitutionnel, eczéma atopique ou dermite
du nourrisson. Les termes employés font donc
surtout référence au nourrisson mais
ne vous y trompez pas l'adulte aussi peut en souffrir,
il s'agit alors souvent de dermatite atopique sévère
dont le traitement aura été négligé.
Mécanismes:
Les
dermatites atopiques sont de mécanismes allergiques
(nda: sinon on ne les appellerai pas "atopique")
avec une réaction trés vive qui lèse
la peau et les muqueuses et facilite ainsi l'aggravation
des lésions et donc de nouvelles sensibilisations.
Pendant longtemps on a ignoré les subtilités
des mécanismes de cette allergie: ni tout à
fait immédiate ni tout à fait retardée.
Les études récentes en immunologie ont
permis de mettre davantage en exergue les liens qui
unissent ces deux modes de réaction.
La
dermatite atopique est donc un eczéma de contact
lié non pas seulement aux produits chimiques
usuels (voir eczéma de
contact) mais également aux allergènes
aériens (acariens, pollens, etc...). Usuellement
dans l'eczéma la particule chimique de trés
faible taille (5000daltons), appellée haptène,
se lie aux cellules de la peau (kératinocytes)
et ceci crée donc un ensemble protéine/haptène
qui est reconnu par l'organisme comme allergène
à part entière et vis à vis duquel
la réaction retardée peut se faire jour.
Dans
la dermatite atopique, à ce mécanisme
toujours présent, s'adjoint une activation
liée aux IgE. En effet, la peau lésée
laisse facilement pénétrer les allergènes
aériens. Des récepteurs aux IgE ont
été mis en évidence sur les cellules
de Langherans de la peau (cellule clé du système
immunitaire cutané). La reconnaissance de ces
antigènes (acariens et autres) entraîne
leur activation et la mise en oeuvre d'un eczéma
de contact aux protéines de grosse taille (plusieurs
centaines de milliers de dalton) que sont les allergènes
aériens IgE médiés.
Il
est également à noter quelques faits
importants dans les mécanismes de la dermatite
atopique:
- Il
existe une carence constitutionnelle en certains
acides gras chez l'atopique (communéments
appellés "Oméga 3").
- Il
existe également une colonisation de la peau
de l'atopique à staphylocoque auréus
extrêmement importante (rapport épidermidis/auréus
inversé par rapport au sujet sain) dont certaines
protéines seraient très impliquées
dans l'état d'inflammation chronique de la
peau de l'atopique.
- Il
existe enfin, une chute de l'AMPc intracellulaire
corrélée à une augmentation
génétique de la phosphodiestérase.
(la recherche pharmaceutique développe actuellement
des anti-phosphodiestérases qui pourraient
trouver ici une application).
- Les
gênes responsables de la production des IgE
sériques sont situés à proximité
immédiate des gênes responsables de
l'HRB (hyper réactivité bronchique),
soit autour du 5q31-q33.
Evolution:
L'évolution
de la dermatite atopique est assez bien connue. Elle
est d'ailleurs liée à l'évolution
de l'atopie au sens large:
Ahlsted
propose une courbe où l'on voit: les symptômes
gastro-intestinaux comme symptôme majeur dans
l'atopie jusqu'à 6 mois avec une apparition
et croissance de la dermatite atopique de un mois
à 6 ans, le pic de fréquence étant
pour l'âge de 18mois. A partir de 3 ans, l'asthme
prend une part prédominante dans la symptomatologie
et devient le symptôme majeur jusqu'à
l'âge de 15 ans où les rhinites allergiques
deviennent le premier signe.
J'adhère
"presque" à ce schéma. A mon
sens, les rhinites allergiques sont sous évaluées
pour l'âge de 3 à 15 ans car elles sont
souvent estimées comme "virales"
ou encore liées aux "végétations",
amygdales ou autres.
Il
est probable que beaucoup de rhinites allergiques
(qui entraînent alors rapidement le déclenchement
de l'asthme) sont précoces mais sous diagnostiquées.
Prise
en charge:
La
prise en charge de l'enfant atopique s'inscrit dans
la durée et dans une vision globale du problème
"atopie". Ne s'intéresser qu'à
l'eczéma est aussi stupide que de ne s'intéresser
qu'à la conjonctivite atopique. Toutes ces
formes cliniques relèvent de la même
maladie: "prédisposition génétique
à développer une réponse IgE
médiée pour des allergènes communs
de l'environnement"(Bach 1993). il est donc particulièrement
important pour un atopique d'être pris en charge
par des médecins qualifiés et spécialisés:
des allergologues.
Concernant
la dermatite atopique, les
mesures à prendre seront donc fonction de ce
que nous vîmes au dessus:
- contrôler
la réaction d'hypersensibilité immédiate(anti-H1)
et améliorer l'environnement pour limiter
les risques de sensibilisation (environnement alimentaire,
aérien, chimique)
- contrôler
la réaction d'hypersensibilité retardée
(crèmes corticoides sur les plaques sèches,
demain peut être par le tacrolimus), éviction
des substances à risque (parfums, conservateurs,
caoutchoucs, etc...)
- restaurer
l'immunité
passive:
-
grâce à des crèmes correctement
choisies en fonction de la peau de l'enfant.
(apport éventuel en "oméga
3")
- grâce
à l'arrêt des irritants: laine,
synthétiques, lessive, adoucissant, etc...
- grâce
à la révision de la cosmétique:
des produits simples chimiquement et une gamme
homogène.
- les
cures thermales ont leurs défenseurs et détracteurs.
J'y apprécie particulièrement que
les patients puissent bénéficier de
crèmes de qualité en abondance sans
surcoût pendant trois semaines. De plus, des
centres spécialisés en atopie prodiguent
une bonne information sur les mécanismes
de cette maladie aux parents et à l'enfant.
Le
traitement étiologique sera, en cas d'allergie,
le traitement de cette allergie si elle est ciblée
et bien identifiée. Les enfants atopiques sont,
par définition, polysensibilisés: celà
n'empêchera pas de mettre en oeuvre une
désensibilisation si un allergène
est cliniquement responsable des symptômes de
façon prédominante.
Pour
information vous pouvez allez lire (en anglais) les
archives d'une liste
de discussion sur la dermatite atopique. Vous
verrez que de nombreux traitements qui ne sont pas
dans les moeurs francophones s'y font jour. Personnellement
je préfère une approche étiologique
que symptomatique
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